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Pour cette résidence à l’école que le CNL m’a attribuée au lycée Auguste et Louis Lumière à La Ciotat, j’ai pris pour point d’ancrage les tracts qui sont le corps même de la P.Y.R Revue des éditions Fidel Anthelme X. Une revue de poésie qui accueille poèmes de forme brève et poèmes visuels délivrant leurs messages sur les murs de la ville ou à l’ouverture de l’enveloppe qui les contient.
Aborder le poème par le tract a permis de questionner les noms donnés : un tract n’est pas un flyer commercial, c’est une feuille volante qu’on nomme aussi papillon. Une feuille volante et éphémère qui fut cependant le support de la première publication du poème Liberté de Paul Eluard, ce qui permit en 1942 aux avions de la Royal Air Force de le répandre par milliers sur le sol de la France occupée.
L’objet-tract, a accompagné nos rencontres tout autant que l’exploration de poèmes et de textes qui nous proposent une autre expérience du Monde.
Pierre Garnier avec Depuis qu’il n’y a plus de papillons et A vécu la disparition des bouvreuils a permis d’aborder une poésie qui documente le réel en mêlant des considérations écologiques, métaphysiques et politiques avec une écriture distanciée et minimaliste. La présentation de l’œuvre de Pierre Garnier m’a donné l’occasion de parler également de la Poésie Spatialiste d’Ilse et Pierre Garnier et de souligner l’importance des liens qui unissent la poésie à d’autres pratiques artistiques. En classe d’Arts plastiques, où les élèves ont conçu leur installation collective Le Ruissellement de la Terre, nous avons creusé l’idée contenue dans le Manifeste pour une poésie visuelle de la libération du mot, de la lettre, hors de la phrase, hors de la page. Où commence le mot ? Où finit l’image ?
Avec Élégies mineures de Christophe Manon, c’est le tissage des éléments de mémoire qui fait texte. La perte de l’enfance est une expérience partagée. Comment prendre acte du temps qui passe, de ce qui s’éloigne à jamais ?
Dans ces petites choses perdues dont il est question, on retrouve l’aspect éphémère du papillon, du tract qui se froisse, se déchire s’efface, se détache, s’abîme…
Le poème est le lieu qui recueille les traces de la disparition.
Pour le poème-liste, cette forme qui soulève la question du fini et de l’infini, j’ai convoqué Georges Perec avec Espèces d’espaces afin de relier cette écriture, cet art de la liste, à une écriture très distante dans le temps mais qui interpelle tout autant que celle de Perec grâce à son extraordinaire sens de l’observation du quotidien : celle de Sei Shonagon. La forme littéraire brève et fragmentaire des Notes de chevet inscrit l’acte d’écrire dans l’inlassable observation d’un quotidien saisi à vif.
Avec les Poèmes fondus de Michelle Grangaud, nous nous sommes attardés un peu plus longuement sur l’idée qu’un poème ne peut jamais finir et nous en sommes venus à parler de l’infini contenu dans le poème. Tout poème se compose de plusieurs poèmes fondus ensemble.
Dans un poème, comme dans un organisme vivant, chaque élément communique avec tous les autres, quelles que soient les positions respectives.
De sorte que, comme le dit Jacques Roubaud, un poème ne peut jamais finir.
Pour notre dernière rencontre, j’ai choisi Polyphonie Penthésilée de Liliane Giraudon. Un texte qui casse la narration, fragmente le discours, brouille les identités et décentre le regard. Liliane Giraudon fait entendre des langues qui se chevauchent, s’entrelacent, se heurtent, comme les corps dans la guerre. Ce poème, qui refuse les récits dominants, masculins, héroïques et linéaires, sabote le mythe. Il m’a semblé important, au terme de cette résidence, de proposer un travail d’écriture collective pour interroger l’écriture, non seulement sur ce qu’elle nous dit mais sur la façon dont elle nous le dit.
Et observer comment cette transformation de la narration peut modifier notre perception du Monde comme l’observation d’une chenille se transformant en papillon bouleverse le regard que nous portons sur le Vivant.
Remerciements :
Au Centre National du Livre
Au lycée Auguste et Louis Lumière de La Ciotat
Aux enseignantes ainsi qu’à leurs élèves qui ont contribué au bon déroulement du projet :
Marion Agostini enseignante de Lettres en classes de Seconde, Première, Terminale, Section Freinet.
Valérie Dol, enseignante de Lettres en classe de Terminale.
Carine Prévot, enseignante d’Arts Plastiques en classes de Seconde, Première, Terminale.
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